Carey Young : Femme d’affaires ou femme artiste ?

Femme d’affaires ou femme artiste ? Art d’affaires ou travail d’artiste ? Une identité ambivalente et hybride que Carey Young affectionne tout particulièrement. L’artiste a posé ses valises à Quimper, au Centre d’Art Le quartier pour sa première exposition personnelle en France, intitulée « Laisser le monde parler de lui-même / Let the World speak for itself ».

L’artiste a travaillé pendant quelques temps au service des grandes firmes de Consulting et a fait de ces expériences son vocabulaire artistique, à tel point que son travail plastique lui-même, adopte les mécanismes d’une entreprise. à défaut du marché de l’art, sommes nous en face d’un art du marché ou d’un art d’entreprise ?

Carey Young Inventory, 2007 (lettres vinyles, encre sur papier) / photo Dieter Kik

Carey Young
Inventory, 2007 (lettres vinyles, encre sur papier) / photo Dieter Kik

Son oeuvre multiplie les connexions avec l’économie, la législation, la politique et les sciences. Les codes, le langage, les outils et les méthodes de ces différents champs lui servent de matière plastique pour ses performances, vidéos, textes et photographies. Economie, justice, globalisation, systèmes et politiques, autant de termes acides et arides, éloignés du monde de l’art. Néanmoins, Carey Young parvient avec humour et poésie à bouleverser les codes du marché et à dénoncer les systèmes aliénants dont nous sommes aujourd’hui les témoins et victimes.

Sa première performance, visible au sein de l’exposition donne le ton.  « Everything you’ve heard is Wrong / Tout ce que vous avez entendu est faux », est la première performance de l’artiste, réalisée à la fin de ses études alors qu’elle est employée dans une entreprise de Consulting en Management.

En véritable femme d’affaire, vêtue d’un tailleur, Carey Young choisit Speaker’s Corner à Hyde Park (Londres) pour livrer à son auditoire les clés d’une représentation publique réussie. Elle prend la parole et explique la façon de s’exprimer en public selon les termes d’un manuel d’entreprise. Cette performance met l’accent sur le langage et le corps ainsi que sur le langage du corps. Les termes qu’elle utilise viennent chorégraphier des relations inattendues entre l’artiste elle-même, le lieu et les spectateurs venus pour l’écouter. Son travail performatif est également collaboratif dans la mesure où des experts (coachs, consultants, psychologues etc.) se joignent à elle pour réaliser ses œuvres. C’est le cas, dans « I am a Revolutionary / Je suis une révolutionnaire » où Carey Young se met en scène dans le bureau vide d’une entreprise. Conseillée par un coach qui entraîne habituellement les chefs d’entreprises et politiciens à prononcer des discours qu’ils n’ont pas écrits eux-même, l’artiste tente de déclamer avec persuasion la phrase suivante : « Je suis une révolutionnaire ». Cette vidéo extrêmement ironique et caricaturale, met en lumière un système du profit détestable qui oscille entre stratégies commerciales et langage politique.

Carey Young I am a Revolutionary, 2001 (vidéo) / photo Dieter Kik

Carey Young
I am a Revolutionary, 2001 (vidéo) / photo Dieter Kik

Au-delà des vidéos, Carey Young se met aussi en scène dans des photographies tout droit inspirées de l’art conceptuel. Dans « Body techniques », l’artiste explore les relations entre le corps et l’architecture. Toujours habillée d’un tailleur, l’artiste rejoue des performances des années 60 et 70 dans des paysages absolument incroyables, presque inquiétants localisés entre Dubaï et Sharjah aux émirats Arabes Unis. On reconnaîtra des références à Richard Long autant qu’à Bruce Nauman ou Valie Export.

Carey Young Body Techniques series, 2007 (photographies) / Everything You’ve Heard is Wrong, 1999 (vidéo) / Photo Dieter Kik

Carey Young
Body Techniques series, 2007 (photographies) / Everything You’ve Heard is Wrong, 1999 (vidéo) / Photo Dieter Kik

Termes juridiques, contrats commerciaux, stratégies, marchés et idéologies sont les matériaux dont Carey Young vient extraire la substance. Elle dénonce le langage comme outil de pouvoir avec ses enjeux et ses limites. Carey Young artiste de codes et de systèmes, vient poser une réflexion lucide, provocante et humoristique sur le monde de la performance des chiffres ainsi que sur l’univers politique, économique et stratégique. Et si vous n’avez plus le temps de venir découvrir son travail à Quimper, peut-être ferez-vous une halte au Migros Museum à Zürich en Suisse, où l’artiste démarre une nouvelle exposition.

Site du centre d’art Le quartier

Site de l’artiste Carey Young

N.B : Article publié dans la revue Transversalles 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s