Rosemarie Koczi à corps et à cris

 Rosemarie Koczi exposée à St’art par la galerie Jean-Pierre Ritsch-Fisch

Detail of Drawing No. 48, Book 82, Rosemarie Koczy, 1997

Detail of Drawing No. 48, Book 82, Rosemarie Koczy, 1997

La foire d’art contemporain de Strasbourg est la deuxième foire la plus ancienne après la FIAC, et la première foire hors Paris. La fréquentation est importante et le climat propice aux affaires. Elle accueille de multiples galeries à la fois nationales et internationales. Ces mêmes galeries offrent aux visiteurs ainsi qu’aux potentiels acheteurs un panel des tendances artistiques actuelles. Pour la première fois la foire s’est améliorée et diversifiée. Nous avons moins cette impression de voir et revoir les mêmes choses. Un petit pas pour l’art, un grand pas pour la foire !

J’ai choisi d’orienter mon propos sur la galerie Ritsch-fisch, fondée en 1996. La galerie est spécialisée dans l’art brut et ses artistes majeurs, mais également dans ce que les Anglo-saxons désignent sous le terme d’Outsider art.

Il peut paraître étonnant d’attribuer une valeur marchande à des productions dites « marginales » puisque d’ordinaire ces artistes se moquent de la propulsion de leur art dans des salles de ventes aux enchères ou dans des foires d’art contemporain. Pourtant, le marché de l’art brut connaît une poussée vertigineuse depuis quelques années et c’est dans cette mouvance que Jean-Pierre Ritsch-Fisch décide d’axer principalement la programmation de sa galerie.

Dans un coin du stand, deux dessins à l’encre, en noir et blanc semblent griffés, voire griffonnés. Il s’agit de Rosemarie Koczi, artiste et survivante de l’Holocauste qui fut déportée à l’âge de 3 ans et qui a survécu à deux camps de concentration.

Comme chez de nombreux artistes de l’art brut, la création chez Rosemarie Koczi relève d’une nécessité vitale, prenant un caractère rituel, magique et thérapeutique rendant ainsi la frontière entre l’art et la vie extrêmement fine.

Ce besoin de créer s’est sans nul doute manifesté suite aux évènements douloureux qu’elle a vécu. La mort et l’horreur des camps de concentration deviennent ses leitmotive. Ses œuvres sont résolument inventives et sont dotées d’une force expressive incroyable. L’artiste a créé son langage, son propre vocabulaire figuratif : celui des horreurs du monde qui lui ont pris son enfance. Son art prend un aspect extrêmement symbolique : « Je vous tisse un linceul », comme un hommage à ceux qu’elle a vu mourir et qu’elle cherche à enterrer dignement. Ce sont des personnages aux figures émaciés et aux corps décharnés. Son trait est spontané, vif, et comble le vide. Les corps sont constamment blottis, recroquevillés, en souffrance, parfois les uns sur les autres. Les regards viennent percer les toiles, attestant ainsi d’une pesante tristesse. Rosemarie Koczi ne fait pas exception dans cette peur du vide. Elle rempli sa feuille de papier comme pour ne pas laisser entrer autre chose dans la toile que ce qu’elle avait à nous montrer et à nous dire.

Les œuvres de l’artiste mettent en exergue un trait spontané sans aucune prétention culturelle ni démarche intellectuelle. Et même s’il ne faut pas oublier le caractère marchand de ce type de foire, le parti pris du galeriste d’exposer ces productions artistiques, permet de rendre l’Art brut accessible à un plus large public et de le confronter pourquoi pas à l’Histoire de l’Art.

Site internet de la galerie Ritsch-Fisch

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